Une scène vide, des danseurs libérés : les coulisses du tournage au Trianon (cliquez sur l'image)

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Octobre 2020. La France sort à peine du premier confinement.
Les restaurants sont fermés. Les salles de spectacle aussi. Les théâtres, les cinémas, les cabarets — tout ce qui fait vibrer la culture est à l'arrêt. Les scènes sont vides. Les rideaux restent baissés. Pour les danseurs, c'est un crève-cœur. Leur terrain de jeu a disparu. Leur raison d'être — danser devant un public — n'existe plus.

C'est dans ce contexte que j'ai eu une idée un peu folle : trouver un théâtre qui accepterait de nous ouvrir ses portes, le temps d'un après-midi, pour filmer. J'ai contacté plusieurs salles parisiennes. Beaucoup ont refusé. Et puis, le Trianon a dit oui.

Le Trianon. Une des plus belles salles de Paris. 1 000 places. Une scène mythique où sont passés les plus grands artistes. Elle était à nous et nous étions six. Trois danseurs : José Montero, Tatiana Seguin, Nastasia Caruge. Une maquilleuse, Nora Aoun Bensliman. Mon cadreur, Kevin Vincent. Et moi. Six personnes dans une salle de 1 000 places vides.

Le silence était presque intimidant.

L'émotion de retrouver une scène
Ce qui m'a frappé dès les premières minutes, c'est le regard des danseurs. Quand ils sont montés sur scène, il s'est passé quelque chose. Des mois qu'ils n'avaient pas foulé les planches d'un vrai théâtre. Des mois qu'ils dansaient chez eux, dans leur salon, dans leur cuisine, sur du carrelage ou du parquet.

Et là, soudain : une vraie scène. Des projecteurs. L'espace. L'acoustique. On pouvait lire l'émotion sur leurs visages. Un mélange de joie, de soulagement, presque de gratitude. Comme s'ils retrouvaient une partie d'eux-mêmes qu'on leur avait confisquée.

La séquence de Tatiana
À un moment, Tatiana Seguin s'est retrouvée seule sur scène. Pas de chorégraphie prévue. Pas de consignes. Juste elle et la musique. Ce qu'elle a fait, c'est de la pure impro. Son corps a pris le relais. Comme un exutoire. Comme une libération.

Cette séquence, pour moi, incarne tout le message du film : quand tout s'arrête, la danse continue.

Les images qui structurent le film
Cette après-midi au Trianon m'a permis de tourner des séquences essentielles. Les moments chorégraphiés que vous voyez dans le film — le prologue, l'épilogue, les transitions entre les chapitres — ont tous été tournés en 4 heures.

Ces images ne sont pas décoratives. Elles sont le fil rouge du documentaire. Elles montrent ce que les mots ne peuvent pas toujours exprimer : la puissance du corps, le besoin viscéral de bouger, la beauté du mouvement même quand personne ne regarde.

Ce que cette journée m'a appris
On pense souvent qu'un tournage, c'est une équipe de 50 personnes, des camions de matériel, des budgets à six chiffres. Ce jour-là, nous étions six avec une caméra, quelques projecteurs, et l'envie de capturer quelque chose de vrai.

Et c'est peut-être ça, finalement, le secret : les contraintes ne tuent pas la création. Parfois, elles la révèlent.

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