Les danseurs d'Issy-les-Moulineaux

2/11/20262 min read

Printemps 2020. Issy-les-Moulineaux.

Comme tout le monde, je vis confiné. Comme tout le monde, j'ai mon attestation dans la poche, mes un kilomètre autorisés,
mon masque sur le visage. Ce jour-là, je marche. Sans but particulier. Juste pour respirer. Pour sortir des murs.

Je m'éloigne un peu des artères principales. Je prends une rue parallèle, plus calme, plus discrète. Et là, au fond d'une allée, je les vois. Des gens qui dansent. Masqués. Espacés. Mais ensemble.

Je m'arrête. J'observe. Je ne comprends pas tout de suite ce que je vois.

Ils sont une dizaine, peut-être plus. Ils ne se connaissaient pas tous avant. Certains viennent de rues voisines. Ils ont trouvé ce coin
par hasard, ou par bouche-à-oreille. Ici, dans cette allée un peu cachée, ils ont créé leur bulle. Leur soupape. Leur rituel.

Je m'approche. Je les questionne.

Ils me racontent. La peur. Le stress. L'ennui. La mollesse des jours qui se ressemblent. Et puis ce besoin, viscéral, de bouger.
De se retrouver. De partager quelque chose. La danse est devenue leur réponse.

Pas de chorégraphie. Pas de performance. Juste des corps qui bougent ensemble, à distance respectable, mais connectés
par le rythme.

Je rentre chez moi ce soir-là avec une certitude : il faut que je revienne.

Le lendemain, je suis là. Avec ma petite caméra numérique. Rien de sophistiqué. Juste l'envie de capter ce moment. Ce que j'ai filmé
ce jour-là, c'est quelque chose de simple. Et de profondément beau. Des voisins qui ne se parlaient pas avant, réunis par la musique. Des inconnus devenus complices le temps d'une danse. Des sourires qu'on devinait derrière les masques.

Un moment de pure communion. À deux pas de chez moi.

Ce que j'ai compris ce jour-là, c'est que le confinement n'avait pas tué notre besoin d'être ensemble. Il l'avait révélé. Amplifié.
Rendu vital. La danse, ici, n'était pas un divertissement. C'était un acte de résistance. Une façon de dire : même enfermés,
même séparés, même effrayés — on reste humains. On reste vivants. On reste unis.

Ces images ne sont pas dans le montage final du film. Mais elles font partie de l'histoire. De mon histoire. De ce qui m'a poussé
à continuer ce projet. Parce que ce matin-là, à Issy-les-Moulineaux, j'ai vu ce que je cherchais à montrer depuis le début.

L'union. La communion. La force d'être ensemble.

Et la certitude que la danse, sous toutes ses formes, est bien plus qu'un art.

C'est un lien.